« l'imprévisible... que nous aimons »
Nantais, nous le sommes évidemment. Vous l'êtes peut-être aussi. Car la qualité même d'un Nantais, digne de nom, c'est d'aimer par-dessus tout sa ville. Comme notre ami disparu, Armel de Wismes, d'éternelle humeur ligérienne l'écrivait et le dessinait si bien. Ce compagnon de vie de la Cathédrale qui y entrait chaque jour, en loden vert, et qui s'amusait à dire à des touristes allemands, de passage, qui lui demandaient s'il faisait partie du groupe : « Non, je suis de la famille ! », en se tournant vers le tombeau des ducs de Bretagne...
Nantais, ce numéro l'est aussi. À toutes ses pages. Avec, dans l'évocation d'une célèbre terrasse (celle des grands magasins Decré), le poids de nostalgie de ses vieux souvenirs partagés. Mais la vie continue. Et l'enseigne nationale qui leur a succédé éclate de mille feux dans ce quartier Saint-Pierre si chargé d'histoire.
Pour comprendre ce que veut dire l'attachement à une ville, nous nous sommes tournés vers plusieurs de ses enfants qui ont choisi de faire carrière à Paris. Dans le journalisme, la plupart formés à l'école de Presse Océan, quand ce titre avait encore un sens...
Villeneuve, Rioufol, Simon, Ollieric, Visonneau et Hervouët qui, dans les médias, écrits ou parlés, incarnent un peu de l'âme nantaise. Ils vous le disent simplement. Gwen Douguet qui les a rencontrés faisait partie de la même bande. Du temps du « Continental », notre café de Flore, qui reste encore dans les mémoires. Il était notre lieu de rassemblement quotidien. On y sert des choucroutes aujourd'hui...
Pour représenter les « Nantais venus d'ailleurs », nous avons demandé à une jeune et jolie Russe de nous servir de guide. Son regard slave est un cri d'amour pour notre cité coupée des eaux qui la firent vibrer mais qui garde encore, près de ses quais, sa sensualité marine que son île aurait grand tort de négliger...
« Ce n'était pas le souffle de la mer qui dilatait les rues : c'était seulement cet allègement mental qui s'empare de nous à tous les carrefours où pour notre imagination, l'imprévisible s'embusque… », écrivait Julien Gracq, qui fut élève à Clemenceau. C'est aussi ce qu'avait ressenti André Breton. C'est le Nantes que nous aimons. Celui d'hier et de demain.
Un vrai privilège. Hervé Louboutin





